Éducation

Les cent ans du Collège Notre-Dame (Charles Dupuy)

En l’an de grâce 1900, Edmond Étienne, éducateur, musicien*, poète et catholique à la foi éprouvée, fondait au Cap-Haïtien le collège Sainte-Marie. Quatre ans plus tard, le lundi de la Quasimodo de 1904, M. Étienne cédait de bon cœur le local et la direction de son école à l’évêque du Cap, Mgr Kersuzan. Ce dernier qui, en de multiples occasions, s’était lamenté de l’absence d’un collège catholique pour garçons dans son diocèse, confia la direction de la jeune institution au très dynamique père Jean-Baptiste Brangoulo. Le père Brangoulo allait passer vingt-trois fructueuses années à la tête du collège et marquer durablement de son empreinte cette école destinée à devenir l’une des plus prestigieuses maisons d’enseignement d’Haïti.

Ceux qui prenaient en main le nouveau Collège Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours étaient les membres de l’influent clergé breton, lequel, depuis la signature du concordat en 1860, dominait la vie spirituelle et religieuse en Haïti. Avec eux, pour diriger les classes primaires, les Sœurs de la Sagesse épaulées par quelques demoiselles laïques. Les professeurs du collège et les successeurs du père Brangoulo, Mgr Colcanap, les pères Cadiou, Sigay de la Goupillère et Beugé allaient déployer un courage et une abnégation sans faille dans la formation de l’élite intellectuelle d’Haïti. (Dans les années 1940, le père Beugé entreprit une polémique savante sur le vaudou avec un médecin de campagne parfaitement inconnu à l’époque, le Dr François Duvalier.)

Au début de 1928, le collège inaugurait ses nouveaux bâtiments accrochés au flanc du morne Lory avec une vue imprenable sur la ville, la plaine et l’océan. Le nouveau campus du collège est immense et les travaux dirigés par le père Le Breton vont se prolonger pendant des années. Selon Mgr Jean-Marie Jan, «le Collège Notre-Dame ne cherche pas à devenir le plus beau collège d’Haïti mais il aspire à être une école digne de la ville du Cap et du diocèse». Quoiqu’il en fût, l’entreprise se révélera aussi funeste que ruineuse pour les finances de l’évêché. Après la construction de ce collège au coût de dix mille dollars prêtés sans intérêts, l’évêque, Mgr Kersuzan, mettra tout près de dix ans à rembourser la somme «aux âmes compatissantes qui l’ont pris en pitié», nous dit Mgr Jan. (Mgr Jean Marie Jan, Un siècle de l’Église du Cap-Haïtien, 1959). Les imposants bâtiments qui ne dépareraient aucune ville du monde, font honneur à la ville du Cap et s’intègrent merveilleusement à son décor urbain. Jusque-là, le collège devait se contenter de locaux de fortune qu’auront pourtant fréquentés des élèves destinés à devenir des personnalités éminentes dans les cercles politiques et intellectuels du pays. Citons parmi ceux-là le Dr René Piquion, le Dr Louis Mars, Arsène Magloire, Jean-Baptiste Cinéas, Luc E. Fouché, Marc Verne, Luc G. Prophète, le Dr Franck Madiou, Guy et Henri Dugué, Mauclair Zéphyrin, Max Jean-Jacques, Carlet Auguste, Guillaume Desrosiers, Antoine Marthol, Hubert Bright, etc... Après 25 ans d’existence, le collège était reconnu d’utilité publique par décret du président Borno pour les services rendus à la jeunesse haïtienne. La vocation du collège demeurait le renouvellement des élites intellectuelles du pays, l’éducation et la formation des élèves sans égard pour leurs origines sociales ou leur condition de fortune.

Collège Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, Années 1940

Le 11 avril 1941, un incendie détruisait le bâtiment principal du collège. Devant ces tragiques circonstances, les notables de la ville ouvrent une liste de souscription tandis que des commerçants, Raymond Laroche, Deslandes Emmanuel, Antoine Mattéi, Otto Schutt, Nonce Novella, etc. prêtent, sans intérêt, les sommes nécessaires à la restauration de l’édifice endommagé. Parmi les personnalités qui se prodiguent sans compter pour la reconstruction du collège, figure Louis Mercier, le directeur du lycée Philippe-Guerrier, lui-même un ancien professeur du collège, un pédagogue à l’esprit ouvert, et qui ne sait que trop combien les deux écoles sont loin de suffire aux besoins grandissants d’une population en constante augmentation.

L’émulation académique ou sportive entre les deux seules institutions d’enseignement secondaire du Cap mais aussi des villes de Port-de-Paix, de Fort-Liberté, de Hinche, etc. a toujours été parfaitement saine et dépourvue d’animosité. Alors que le collège accordait une place prépondérante aux humanités gréco-latines et à la littérature classique française qui lui valait toute sa réputation, le lycée offrait pour sa part un enseignement poussé des mathématiques qui prétendait ouvrir les jeunes à la vie économique, au commerce et à l’action. Si le collège favorisait davantage les belles-lettres, le goût de l’abstraction et l’art de bien disserter, de l’avis général, le lycée préparait mieux ses élèves au programme de l’École polytechnique. Le collège était l’école des sciences humaines, des forts en thème, tandis que le lycée privilégiait les sciences appliquées, les connaissances positives et les mathématiques. Le collège est l’alma mater des avocats et des médecins, tandis que le lycée se veut celui des futurs ingénieurs et politiciens.

En 1944, à l’initiative du président Lescot, les pères canadiens de Sainte-Croix, une congrégation religieuse spécialisée dans l’enseignement secondaire, prenaient la direction du collège. Les pères Beaudoin, Gladu, Duchesne, Lecavalier, Choquet, Badeau, Bédard, Migneault, etc. consacreront généreusement leur persévérance, leur talent et leur savoir à l’instruction des jeunes haïtiens. Les nouveaux venus, tout en conservant «l’éducation classique» qui a fait la réputation du collège depuis son inauguration en 1904, veulent apporter à l’institution un souffle nouveau, un dynamisme à «l’américaine». Les prêtres canadiens qui souhaitent inculquer le sens du devoir et le respect des principes à leurs élèves entendent aussi faire régner la plus stricte discipline dans leur établissement. Pour mieux «former les têtes et forcer les âmes», ils n’ont pas oublié d’apporter dans leurs valises la fameuse courroie de caoutchouc et appliquent rigoureusement tous les sévices corporels encore fermement en vigueur dans les écoles de garçons des années cinquante et bien au-delà. Les programmes scolaires, les pratiques pédagogiques et les mentalités vont progressivement évoluer, de même que la configuration matérielle du collège qui aura complètement changé après les importantes transformations qui s’accumuleront au fil des années. C’est tout d’abord l’érection d’une chapelle et d’un auditorium et puis ce sera la construction d’immenses pavillons de plusieurs étages qui serviront à abriter les classes, les laboratoires, la bibliothèque et les multiples services pédagogiques.

La plupart de ces travaux n’étaient encore qu’à l’état de projet quand, en 1954, le Collège Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours célébra son cinquantième anniversaire de fondation. Les cérémonies officielles se déroulent en présence du président de la République, le général Paul E. Magloire, (un ancien du lycée) du Nonce apostolique, Mgr Raimondi et de l’évêque du Cap, Mgr Cousineau. Revêtus de leur superbe uniforme d’apparat, veste bleu marine écussonnée et pantalon blanc, les quelque mille élèves du collège assistent à la messe pontificale chantée à la cathédrale du Cap. Ce soir-là, un immense banquet réunissait les anciens, Maurice Guillaume-Sam, Émile Auguste, Pierre Gonzalès, Bertrand Obas, Pradel Péan, Claude et Eric Étienne, Ernest Bennett, Dumas Michel, Claude Préval, Jacques et Francis Ed. Étienne, Frantz Médard, Luc Désir, Hilarion Turenne, Arnobe Toussaint, Jean Vincent, Pierre Giordani, François Saint-Fleur, Claude Vixamar, Cary Hector, Rémillot Léveillé, Renaud Liautaud, Luc Morin, Gérard Gilles, Henri et Jacques Novella, Me Antoine Leconte.. En 1954, les finissants s’appelaient Élie André, Yvon Joseph, Gabriel Méhü, Léonce Thélusma, Édouard Dupuy, Vély Leroy, Sylvio Bricourt, Achille Nérée, Jacquelin Pompy, Raymond Antoine, François Magloire, Max Valcourt, Jean-Baptiste François, Martial Turenne, Gabriel André, Nathan Manigat. Parmi les plus jeunes Raymond Laurin, Leroy Jean-François, Fritz de la Fuente, Maximilien Laroche, Mercier Pierre-Louis, Brunel Fouché, Michel Bras, Reynold Desnoyers, Raymond Bernardin, Reynold « Estulien » Pierre, Jehan Merveille, Gérard Tassy, Fritz Guillaume, Rosny Desroches, Nathan Ménard, René Magloire, Macajoux Médard, Roland Paret, Fred Thélusma, Henri-Claude Ménard, etc.

En 2004, le collège atteignait son premier siècle d’existence. Un siècle qui l’aura vu grandir et s’imposer comme l’une des meilleures écoles d’Haïti. Le tarissement des vocations explique l’absence des religieux canadiens maintenant remplacés par des prêtres haïtiens qui, sans se dérober, s’astreignent à la tâche, au labeur écrasant qui consiste à maintenir vivante la flamme de 1904. Le Collège Notre-Dame a atteint son immense rayonnement et construit son prestige en demeurant une école catholique ouverte à tous, à tous les élèves de toutes les conditions sociales, même les plus défavorisées. À tort ou à raison, certains prétendent que le collège ne forme pas de politiciens et que ces derniers nous viennent le plus souvent du lycée. Ainsi, en cent ans, le Collège Notre-Dame n’aura fourni que deux présidents à la République d’Haïti: Joseph Nemours Pierre-Louis et Jean-Bertrand Aristide.

*Edmond Étienne étudia l'orgue en France sous la direction du célèbre compositeur César Frank et sera le directeur de l'Orchestre Philharmonique du Cap.

Charles Dupuy coindelhistoire@gmail.com
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