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L’Orchestre Septentrional, « La Boule de feu d'Haïti» (Wilfrid Tony Hyppolite)

En cette année 2019, l’orchestre Septentrional vient de compléter les soixante-onze premières années de son existence et d’ouvrir le rideau sur la soixante-douzième. Le lundi 27 juillet 2048, SEPTENT aura cent ans. Osons-nous espérer après ? Pourquoi pas !

L’orchestre Septentrional, un groupe musical fondé le mardi 27 juillet 1948, est un pur produit provincial haïtien né d’initiative privée, mais qui a su relever le défi de l’existence dans la dignité; il a toujours su rester à la place qui est la sienne, celle d’une institution respectée et vénérée. Des hommes passent, une institution demeure.

Septentrional est également l’un des groupe-doyens de la Caraïbe, tout juste après l’orchestre « Aragón de Cuba » qui prit naissance neuf années auparavant, le 30 septembre 1939. Comme un vin millésimé, Septentrional prend de la valeur au fil des ans, et dans le cœur des mélomanes, l’orchestre représente la plus grande frappe musicale d’Haïti. Aujourd’hui, c’est une évidence, le doyen des orchestres haïtiens représente, sans l’ombre d’un doute, l’un des groupes socioculturels les plus stables du pays. C’est ce que l’on peut souhaiter de mieux pour la culture haïtienne. Qu’il en soit donc toujours ainsi!

En l’an de grâce 2019, SEPTENT fonctionne à temps plein et à plein régime. En dépit du fait que l’orchestre n’ait commencé à enregistrer ses compositions sur disques qu’en 1963, plus de quinze années après sa fondation, Septentrional a déjà enregistré sur disques plus de six cents titres, soit plus de soixante-dix albums sur tous les supports (du "78 tours" au numérique). C’est un legs précieux pour les générations subséquentes.

Cette discographie, à elle seule, constitue un palmarès éloquent, qui prend en compte non seulement les compositions de l’orchestre sur quarante-six albums, mais également, vingt-quatre disques réalisés avec d’autres artistes que l’orchestre a accompagnés de manière ponctuelle mais prestigieuse. (Guy Durosier, Languichatte, Charles Dessalines, Rodrigue Milien, Hugo Henrique, Les Charmeurs du Cap, Ansy Dérose, Rose-Claudelle Daniel, Jacques Sauveur Jean, Le Groupe Solidarité Interscolaire de la paroisse du Sacré-Cœur du Cap-Haïtien, Sœur Eyma Achille … pour en citer quelques-uns).

Dans « L’Orchestre Septentrional à travers les ans », un livre écrit et publié en deux parties par l’auteur de cet article et qui raconte la vie et l’œuvre de Septentrional, cette discographie est détaillée de manière édifiante. Mais cela, c’est une autre histoire.

Après plus de soixante-onze ans d’existence et de fonctionnement, sans discontinuité dans le même pays (Haïti seulement et pas ailleurs), l'orchestre Septentrional a traversé tous les courants sociopolitiques - de la présidence de Dumarsais Estimé (1948) à celle de Jovenel Moïse (2019) - sans jamais céder, de manière ostensible, à des compromissions peu honorables. Les témoignages deviennent alors aussi têtus que les faits eux-mêmes et s'accordent pour déclarer l'orchestre Septentrional d'UTILITÉ PUBLIQUE. Ulrick Pierre-Louis, l’un de ses cofondateurs, en était incontestablement la cheville ouvrière.

Mais seul, Ulrick Pierre-Louis, LE MAESTRO, ne saurait obtenir de pareils résultats; il avait toujours misé sur deux atouts majeurs :

Premier atout : Septentrional est un orchestre du Nord d'Haïti dont l'histoire, pendant toute sa longue existence, demeure en parfaite symbiose avec celle de sa ville d'origine, le Cap-Haïtien. Les Capois le veulent ainsi. Les Gens-du-Nord le souhaitent. Les Haïtiens le cautionnent.

Deuxième atout : L'orchestre a toujours pu bénéficier jusqu'ici de la plus grande richesse dont un organisme social a besoin pour vivre, pour réussir, voire pour revendiquer la position d'institution : LA RESSOURCE HUMAINE. L’orchestre Septentrional en a toujours eue à profusion, et elle a toujours été de grande qualité de surcroît. Le rôle joué par les différents comités bénévoles de soutien ou d'encadrement à l'orchestre, tant en Haïti qu'en dehors d'Haïti, a toujours dynamisé la réalisation des événements de grande envergure qui jalonnent l'existence de Septentrional.

En plus de ces deux atouts, l’orchestre a toujours pris en compte deux des principaux facteurs indispensables pour générer le progrès :

Premier facteur : Le renouvellement et le rajeunissement des cadres

Parallèlement à son retrait progressif des affaires, l’ex-Fondateur-PDG, feu le maestro Ulrick Pierre-Louis, avait réussi un coup de maître, celui d’initier une équipe d’éminences grises pour encadrer ses deux fils, Jude Nandy et Ulrick "Ricot" Pierre-Louis, dans leurs nouvelles tâches de gestion de la succession tant du point de vue administratif que musical. Entourés de bons collaborateurs, tant parmi les musiciens que parmi les amis dévoués à la Cause~Septentrional à des degrés divers, les nouveaux dirigeants ont fait le choix intelligent du travail d’équipe et ont opté pour une direction collégiale orientée par le Conseil Supérieur de l’A.O.S. (Association de l’Orchestre Septentrional). La formule adoptée s’est révélée heureuse, compte tenu des résultats probants obtenus à moyen et à court termes : deux Cd à grands succès en 2011 et en 2018, champion national du carnaval et un long métrage à grande diffusion en 2013, ainsi que la réalisation, de manière récurrente, des tournées internationales biannuelles à grand succès de foule.

En dehors de ces aspects de mise en marché et administratif, l'orchestre a fait en 2003, le choix heureux d’un « maître-de-musique », en la personne de monsieur François-Nicol Lévy, comme Directeur Musical. Septentrional s'est aussi injecté du sang neuf en remplaçant progressivement les musiciens à faible rendement ainsi que ceux dont la performance diminuait avec l'âge, par d'autres plus compétents ou plus jeunes. Aujourd’hui, sur un effectif de dix-neuf musiciens titulaires : cinq d’entr’eux sont dans la vingtaine, six dans la trentaine, sept dans la quarantaine et un seul musicien titulaire de l’équipe a déjà cinquante ans, pour une moyenne d’âge de trente-huit ans et demi. Pas si mal pour le doyen des groupes musicaux haïtiens actuels. Qui l’eut cru ! Qui l’eut dit d’un orchestre de plus de soixante-onze ans d’existence!

Il ne suffit plus, aujourd’hui, d'entendre SEPTENT; il faut voir, sur scène, ces musiciens qui ont le sens du spectacle. C'est un véritable plaisir pour les sens que de les voir évoluer sur un podium. Ils dégagent un "feeling~nouvel-âge" dans leurs tenues attrayantes. Ils sont tous des "Super Stars" bien conscients de leur réelle potentialité. Ils forment UNE ÉQUIPE GAGNANTE, capable de damer le pion à tous les compétiteurs.

Jocelyn Alcé alias «TiBass», dix ans après son arrivée dans l'orchestre comme bassiste, fut promu Maestro de Septentrional à trente-cinq ans en janvier 2011. À ce poste, il confirmait très vite tout le bien que l’on pensait de lui. Muté depuis 2016 dans la fonction de Producteur Musical, comme une véritable locomotive, il fait bien avancer le train-Septentrional. Son savoir-faire ne laisse aucune place au doute. Comme musicien-cadre, son esprit d’avant-garde lui permet de tirer de l'équipe dans laquelle il évolue ce que les consommateurs de musique de danse populaire urbaine réclament aujourd'hui. L’énorme succès remporté par l’avant-dernier CD de SEPTENT, Yon Ti Koutjé, mis en marché en 2018 ainsi que la participation enjouée d’un public renouvelé et rajeuni à toutes les manifestations publiques animées par l’orchestre au cours de l’actuelle période-champêtre 2019, constituent des signes tangibles d’un SEPTENT ragaillardi.

Deuxième facteur : L'Adaptation aux normes standardisées

Aujourd’hui, seule la compétence d’un musicien peut et doit justifier sa place de titulaire au sein d’une Équipe-Septent :

1°) L’orchestre a opéré une cure d’amaigrissement dans son effectif afin de rencontrer les exigences des promoteurs de spectacles qui regardent souvent aux frais occasionnés par une formation musicale qualifiée d’obèse.

2°) Septentrional a apporté un soin particulier à la manière d’amplifier l’orchestre afin de faire ressortir un son moderne qui correspond mieux aux exigences des publics actuels; l’engouement de tous les publics pour ces deux derniers Cd mis en marché en sont des témoignages vibrants.

C’est ce grand orchestre Septentrional du XXIe siècle qui a participé entre 2009 et 2011 : au Festival International de Jazz de Montréal, à celui de River to River de New York, au Blue Fest d’Ottawa et au SunFest de la Ville de London en Ontario (Canada) ainsi qu’aux prestigieux festivals internationaux : du Millenium Park de la Ville de Chigaco, du Performing Arts du Lincoln Center de New York, du Toronto Harbourfront, du Festival d’Été de Québec au Canada ou celui de la ville d’Angoulème en France.

Au début de l’année 2013, en moins d'un mois, le Grand Orchestre Septentrional a cueilli trois lauriers d’envergure :

Le jeudi 28 février 2013, le Ministère de la Culture d’Haïti honorait l'orchestre, et lui a décerné le titre de CHAMPION pour sa brillante prestation lors du carnaval national 2013 qui s’était déroulé au Cap-Haitien.

Le mardi 5 Mars 2013, parmi les nominés de la 32e Edition des « International Reggae and World Music Awards (IRAWMA) », le Martin’s International a annoncé l’orchestre Septentrional, classé et lauréat de ce même prix en mai 2012 pour la chanson « Pi Douvan ».

Le jeudi 14 mars 2013, au Karibe Convention Center de Port-au-Prince, CEDEL HAITI, GROUP CROISSANCE ET SYNERGIES, initiateurs du SALON DES ENTREPRENEURS, offrait une plaque de distinction au doyen de la musique populaire de danse haïtienne pour être "un rare exemple de longévité accompagné de succès dans le domaine de la musique en Haïti".

Au début de l’année 2019, pour souligner les célébrations de son soixante-dixième anniversaire, le Grand Orchestre Septentrional a été pompeusement glorifié par les trois paliers du pouvoir haïtien, en tandem avec le Tabou-Combo qui célébrait son cinquantième.

Ces différentes distinctions sont des motifs de fierté et d'orgueil pour la grande famille-Septentrional qui voit en ces marques d'honneur la reconnaissance du travail bien fait par les dirigeants du plus ancien orchestre haïtien en exercice.

Il ne faut pas se méprendre quant à la signification d'une telle longévité, jalonnée de tant de succès. Ce n'est pas un hasard; c'est le résultat d'un travail assidu et de la foi dans l’idéal de grandeur d'un groupe social qui s'est toujours, jusqu'ici, référé à ses valeurs intrinsèques pour résister aux assauts impérieux de l'évolution. C’est sous l’égide de cette heureuse perspective que le Conseil Supérieur de SEPTENT et les cadres dirigeants de l’Administration de l’orchestre assument, dans toute sa plénitude, la responsabilité de gestion de l’Institution.

C'est la combinaison de l'ensemble de ces éléments qui maintient l'orchestre Septentrional dans le Carré d’As des groupes musicaux haïtiens les plus compétitifs actuellement, tant en Haïti qu'à l'extérieur d'Haïti. Ce sont ces mêmes éléments qui expliquent les succès de foule et l'engouement de tous les publics face à la musique que l'orchestre Septentrional joue actuellement. Définitivement, les plus beaux jours de SEPTENT sont ceux qu’il n’a pas encore vécus.

SEPTENT UN JOUR, SEPTENT TOUJOURS. Wilfrid Tony Hyppolite, "Septentologue"

Mots-clés: Cap-Haïtien, Musique populaire, Orchestre Septentrional, Ulrick Pierre-Louis, Boule de feu d'Haïti, SEPTEN

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