• Exposition: Les Armes de la Capitale

Discours de Henry Christophe, le 1er janvier 1808

Militaires et Peuple d’Haïti,

Vous voici pour la cinquième fois, réunis sous les auspices d’une providence bienfaisante, pour célébrer l’anniversaire de notre indépendance ; de ce jour mémorable, où la valeur terrassant la tyrannie, déploya aux yeux de l’Univers étonné, l’exemple terrible d’un peuple détruisant ses tyrans pour s’élever au rang des nations libres. Exemple magnanime de ce que peut l’amour de la liberté enflammé de celui de la patrie.

Oui, Peuple d’Haïti, malgré les efforts de vos ennemis, la liberté couronne votre valeur, et l’indépendance compte déjà une série d’années qui acheminent à des siècles.

C’est peu d’avoir établi cette indépendance ; c’est peu d’avoir renversé nos oppresseurs et de vous être affranchi de leur joug odieux, il faut conserver au milieu de nous les saintes institutions qui nous en garantissent la durée, et les transmettre, dans toute leur pureté, à nos derniers neveux ! Il faut leur donner l’exemple de toutes les vertus des peuples civilisés, faire rougir vos ennemis des attentats qu’ils ont commis contre vous, et justifier aux yeux de la nation chez lesquelles les préjugés n’ont point étouffé la justice, la courageuse audace qui a rompu à jamais nos fers.

Qu’il est beau, après les secousses affreuses qui nous ont agités, de voir renaître une heureuse industrie, et que semblable à l’abeille diligente, dont une main destructive a renversé la ruche, qui s’empresse de la rebâtir plus régulière et plus magnifique qu’auparavant, vous vous êtes empressés de relever la culture, et de donner des alimens au commerce pour le faire refleurir avec une nouvelle splendeur.

C’est avec une satisfaction toujours renaissante, que le vrai haïtien voit augmenter de jour en jour la prospérité de l’Etat et la fortune des particuliers. Les étrangers, contens de l’hospitalité qu’ils trouvent chez nous, étendent journellement leurs spéculations et remplissent nos ports de leurs vaisseaux. C’est au milieu de la perspective heureuse que nous offrent ces dispositions favorables, que le Gouvernement n’a cessé de travailler pour votre bonheur.

Il s’est sans cesse employé à vous assurer des relations qui puissent consolider cette indépendance que nous avons acquise au prix de notre sang ; il a protégé le commerce, favorisé la culture ; et tandis qu’il vous cherchait au loin des amis et des protecteurs puissans, vous avez vu par ses soins arriver dans nos ports des bâtimens chargés de toutes sortes de munitions, d’armes et d’objets d’habillement pour cette brave armée qui n’a point manqué un seul jour d’être à son poste et de renverser les satellites de nos ennemis : vous avez vu même les citoyens d’un pays dont les lois injustes interdisent le commerce avec nous, s’empresser, en dépit de leur Gouvernement et de leurs lois, de nous apporter des approvisionnemens de toutes espèces, et établir une des branches principales de notre commerce.

Pour continuer à obtenir la bienheureuse prospérité, il faut une obéissance passive aux lois ; il faut que l’union et l’harmonie règnent au milieu de vous, que vous fermiez rigoureusement l’oreille aux suggestions de nos ennemis, et que vous éloignés de vous toute espèce de division.

Si les hommes à qui la nature a refusé les doux sentimens de l’humanité, ont cherché à troubler le bonheur, qui doit être votre partage, ce nuage passager n’obscurcira pas longtemps l’horizon de la tranquillité. Leur chute est préparée de tous côtés, et leur trône est sapé de toutes parts ; vous verrez dans peu s’écrouler l’échafaudage élevé par leur charlatanisme et leur insigne perfidie.

D’un autre côté le Gouvernement n’a jamais détourné ses regards, pleins de sollicitude, sur les haïtiens trompés; ses bras leurs sont ouverts, et le jour où il pourra les y recevoir, sera un des plus beaux jours dans les fastes d’Haïti.

Et vous brave armée et généraux intrépides qui la commandez, votre valeur n’a pas cessé de se signaler dans toutes les occasions. Après avoir versé votre sang pour l’établissement de notre indépendance, vous avez toujours continué à vaincre les ennemis de la tranquillité et contribué à la prospérité de l’état, la reconnaissance publique est votre récompense et la gloire votre partage. Témoins des efforts du Gouvernement pour assurer votre paye et votre habillement, soyez persuadés que sa sollicitude ne sera pas vaine, et qu’il ne cessera pas un seul instant de songer à vous.

Enfin militaires de tous grades et habitans de tout état, concourrez tous de votre pouvoir à aider le Gouvernement à consolider l’édifice de cette indépendance, dont nous célébrons en ce jour solennel l’anniversaire ; employons toutes nos facultés à la maintenir, et jurons tous de sacrifier et de consacrer jusqu’au dernier souffle de notre vie pour la conserver et l’assurer à jamais !

Pour moi, ô mes Concitoyens ! les plus ardens de mes vœux et mes désirs les plus vifs, sont de voir cette indépendance si chérie, reconnue de toutes les nations de la terre, de voir la paix et le bonheur établis au milieu de nous, et la fin des dissentions qui nous affligent. Le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrais célébrer avec vous le rétablissement de la paix, et être témoin du retour de la tranquillité et du bonheur dans notre pays.

Vive la Liberté ! Vive l’Indépendance !

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Source : La Gazette officielle d'Hayti, no 3, 21 janvier 1808.

Note de la rédaction : Les mots en italiques sont écrits conformément aux règles de l'époque.

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