• Exposition: Les Armes de la Capitale

Hommage à Miss Edith Robinson (27 Février 1920 - 28 Jan 1985), directrice fondatrice du Collège pratique du Nord (Lemane Vaillant)

À l'occasion du 32e anniversaire du décès de cette prestigieuse directrice, un de ses élèves, vous invite à vous arrêter un moment pour réfléchir à la vie de cette dame, Miss Edith F. Robinson, la fondatrice du Collège pratique du Nord (CPN).

Hommage posthume à une très grande Dame de chez nous, de chez moi: Edith Robinson

Je pensais qu'Edith Robinson était née un 27 Février entre 1923 et 1927. Je ne saurais préciser l'année. Ce n'était d’ailleurs pas une question à poser à Edith Robinson lors de ses anniversaires qu’elle célébrait avec nous, élèves de l’école entre 1959 et 1968. Les plus beaux jours pour nous !

Edith Robinson venait de compléter son Brevet, quand elle eut l'idée de fonder une école au Cap-Haïtien. C'était en 1942 sous le gouvernement du Président Elie Lescot. Sa première élève, Mme Berrouet, nous a été présentée lors de la célébration des 25 ans de l'établissement en 1967. Mme Berrouet avait alors sa fille: Rosaldie (un charme de fille), fréquentant l'école. Après son brevet, Edith Robinson avait à peine 18 ans quand elle fut envoyée à Chicago pour un cycle d'études complémentaires. Elle revint avec une très bonne maîtrise de la langue anglaise, ce qui était rare à l'époque au Cap-Haïtien, Cap-Français, n'est-ce-pas?

Edith Robinson était la fille de Me Frédéric Robinson, juriste consommé, Président de la Cour de Cassation de la République d'Haïti dans les années 60. Edith Robinson avait ainsi de qui tenir, car elle a grandi et mûri dans une famille aisée, dépositaire des meilleures traditions aristocratiques et policées du Nord.

La famille immédiate de Edith Robinson, les Robinson, les Salnave, les Férère étaient des gens foncièrement catholiques. Je voudrais bien savoir comment Edith Robinson s’était convertit à la religion baptiste. Qui l’avait converti Edith Robinson? Comment obtint-elle l'aide de la Convention Baptiste pour fonder son école? Question sans réponse ….

En 1959, notre école qui allait de la rue 10 A à la rue 15 A ne comptait qu'une unité bâtie, l'immeuble profilé sur la rue 14, avec des galeries au rez-de-chaussée et avec des balcons tout autour à l’étage d'où nous pouvions, au loin, contempler les vagues de l'océan et la Citadelle Laferrière du roi Christophe.

Edith Robinson détenait un brevet, rien qu'un brevet. Pourtant, elle sut monter et diriger avec bonheur un collège secondaire de la 6ème à la Rhéto. Elle fut soutenue par Me François Saint-Fleur et par Me Jacques Dardompré qui lui introduisit Me Michel Docteur et Leroy Jean-François. Ce dernier allait devenir son plus proche collaborateur, et celui qui permit à l'école de se maintenir à un très bon niveau face aux autres établissements du Cap.

Le 27 Février 1969, fut le dernier anniversaire de naissance d'Edith Robinson auquel j'ai pris part avant de m'en aller habiter à Port-au-Prince. À cette occasion, Maitre Leroy composa un hymne en l'honneur de la Directrice, dont voici les Paroles :

« À l'occasion de votre anniversaire
Chère Directrice, nous vous adressons nos voeux,
Nous prions Dieu de vous conserver,
A l'affection de vos chers élèves.
Avec ardeur, par nos efforts,
Dans nos études, nous tâcherons
De travailler pour la gloire de Dieu
Et le progrès de notre Patrie. »

Même après 32 ans, je n'ai pas oublié l'air et la beauté de cet hymne. En septembre 1969, il avait été décidé que je devais aller à l'école à Port-au-Prince. Je ne m'attendais pas à cela. Sentimentalement, c'était un coup très dur pour moi. J'allais vers l'inconnu à Port-au-Prince. Nous étions un si merveilleux petit groupe d'élèves en Quatrième! Sans compter que je venais à peine de me lier à la fille de ma vie !

Mon grand-père du Cap m'a rapporté qu'Edith Robinson vint le voir à mon sujet chez lui, à la rue 2-3 K, quand elle apprit que je ne reviendrais pas au Cap en octobre 1969. Elle souhaitait le convaincre pour que je demeure à son école jusqu'à la Rhéto, comme j’étais dans le peloton de tête avec les camarades Romel Jean-Louis, André Azémar, Suzelle Mompoint, Ruth Barthélémy, Ébert Exnatus, Harry André, Enock Thoby, Bordes Achille, Pierre-Michel Osiris, Cinalien Séraphin, Émilie Mathurin, et Fernand Jean-Baptiste.

Comment pourrais-je oublier cette Femme? Laissez-moi vous présenter les facettes d'Edith Robinson

Une Directrice Juste et impartiale

Edith Robinson avait 3 neveux et 3 nièces, dont Rodolphe, Harry, Gérard, Martine et Marie-Josée qui fréquentaient l'école. Personne ne peut dire qu'Edith appliqua un traitement de faveur à ces neveux et nièces, par rapport aux autres neveux ne fréquentant pas l’école ou à nous autres élèves. En aucune circonstance !

Une Directrice humble et généreuse

Max Gerbier, Pierre Elliot Denizard, Pierre-Michel Osiris, Gérard Robinson et moi, nous étions dans la même classe entre 1964 et 1965. Nous formions un petit groupe culturel et religieux. Nous organisâmes une fête en 1965 chez Max Gerbier à la rue Zéro L. Edith Robinson et Marcelle Étienne nous firent l'honneur de venir assister à notre fête. Elle nous encourageait, nous le savions.

Une Directrice soucieuse de notre éducation religieuse

Un des projets qu'elle entreprit et conduisit avec cœur est la construction de la Chapelle Helen Betty sur le terrain de l'école. Nous avions ainsi notre propre chapelle, et elle invitait de temps à autre des Pasteurs à y officier ou à prononcer des conférences. J'ai encore en mémoire les prestations du Pasteur Balzora, vous vous souvenez?

Une Directrice soucieuse de notre éducation sportive

Edith Robinson encouragea à l'école la pratique de tous les sports.

Le football fut à l'honneur au Collège Pratique du Nord avec le passage des étudiants-joueurs Max Montreuil, Eddy Hilaire, Romel Pierrot, Serge Laïbonne, Raoul Vixamar, Barthélémy, etc

Le volley-Ball ne resta pas en reste et connut ses heures de gloire et de triomphe au passage de Duret Jean-Louis, Romel Jean-Louis, Yves Pierre-Louis dit Bibite, Edriss Toussaint, Ange Eustache, Marcelin et les autres.

Équipe de volley-ball, Championne Interscolaire 1969

Debout, de gauche à droite : Ferdinand Jacques, Duret Jean-Louis, Astrel César, Harold St-Cloud, Rodolphe Ferere (Professeur/Entraîneur)

Acroupis : Ange Eustache, Marcelin Jean-Pierre, Yves Pierre-Louis

Notre équipe de volley Féminin fit de son mieux. Ses adversaires étaient plus coriaces: le Collège Regina Assumpta, le Lycée Philippe Guerrier.

Ce n'est donc pas par hasard qu’elle devint, des années plus tard, présidente de l'Association Sportive Capoise, l'ASC.

Une Directrice soucieuse de notre formation culturelle

À cette époque, au Carénage, Mme Charles Stanford Kelly dispensait gratuitement des cours de piano et de solfège. Edith Robinson encouragea ceux parmi ses élèves qui le voulaient bien, à s'inscrire en musique et à aller suivre les cours.

Edith Robinson était guide-scoute. Chaque année, elle organisait des camps de retraite pour ses élèves. Elle nous encadrait !

Une Directrice attentionnée socialement

La cantine scolaire du Collège Pratique du Nord était l'une des mieux pourvues au Cap. Grâce surtout au travail acharné de madame Marianne Pierre, qui était aux fourneaux. Ceci répondait au souci de la directrice pour que nous connaissions la paix dans nos ventres, tandis que nous entamions la deuxième partie de la journée de cours.

Sur le plan sanitaire, elle répondait toujours présente aux campagnes de vaccination de la gent scolaire.

Une Femme réservée politiquement

Edith Robinson n'a jamais affiché sa position par rapport au régime de l'époque dans lequel, son père était pourtant bien placé. Elle était en cela bien différente de son frère dont on a connu les excentricités.

Une Femme courageuse dans l'adversité

Quand son frère, Gérard Robinson, qu'elle aimait tant, mourut, emporté par les eaux en furie de la Rivière du Limbé, Edith Robinson sut contrôler sa peine. Elle prit la tête du cortège funèbre et par la suite, la charge des enfants de son défunt frère.

Une directrice évoluée pour son temps

On peut compter sur les doigts d'une seule main le nombre de femmes au Cap qui avait leur voiture et conduisait en ces temps-là. Belle à tous les âges de sa vie, cultivée et relativement fortunée, cette femme de grande, très grande classe allait traverser sa vie sans vivre un amour et sans avoir d’enfant. Je ne crois même pas que cela aurait pu se passer autrement pour cette femme exceptionnelle dans le contexte capois des années 1960-1980.

En revivant le passé, je ne vois pas le profil d'un monsieur du Cap qui se serait senti suffisamment sûr de lui pour venir faire la cour à Edith Robinson, en ces années. Quelque part aussi, peut-être qu'Edith Robinson s'est dit que son sacerdoce excluait la présence pesante d'un mari.

Quand mon grand-père mourut au Cap en 1974, Edith Robinson se présenta à l'église de la rue 14 pour les funérailles avec une forte délégation de l'école que j'avais pourtant quittée depuis 5 ans. Elle vint s'asseoir tout près de moi à l'église. J'avais compris son geste affectueux. J'ai gardé mon affection pour elle en retour.

En choisissant la devise: "Vous êtes la Lumière du Monde" pour le Collège Pratique du Nord, Edith Robinson souhaitait que nous fussions à travers toutes les générations, des phares dans le Monde, des éclaireurs, des messagers de la Vérité.

Elle a visé très Haut pour nous.

Par de-là la tombe et la mort, nous pouvons vous dire: Edith Robinson, vous n'avez pas eu d'enfants, mais vous nous aviez tous, et nous vous avons aimée...

Lemane Vaillant, Toronto, Canada

Mots-clés: Cap-Haïtien, Éducation secondaire, Collège pratique du Nord, Edith Robinson

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