• Exposition: Les Armes de la Capitale

Parade des noms et surnoms dans la société capoise (Alix Piquion)

A quoi sert une telle parade ? Quelle est l’économie d’un tel défilé ? Est-ce simple divertissement, jeu d’esprit ou profil de la fabrique culturelle et sociale de la ville du Cap ? Quoiqu’il en soit, profitant d’une sorte de liberté oisive, Alix Piquion laisse vagabonder ses souvenirs en nous entraînant dans une promenade à travers les noms et surnoms de sa ville natale. Noms et surnoms dont on est tout étonné de découvrir le caractère insolite et même risible du seul fait de les rappeler et de les énumérer les uns après les autres. Mais lorsque l’on vient d’en rire, on se rend compte peut-être que cette parade implique et évoque non seulement des souvenirs attachants, des sympathies, des affinités mais aussi la formation d’un «melting pot» avant la lettre, l’influence réciproque de culture endogène et exogène suscitant de part et d’autre l’apport de technique moderne, de savoir et de savoir-faire pratique.

Une démarche analogue dans d’autres villes serait souhaitable. Elle contribuerait peut-être à dresser un inventaire utile des ressources humaines, des biens, des traits culturels et de leur origine méconnue ou occulte.

(Note du rapporteur Wilfrid Hyppolite)

Perché sur un arbre durant l'époque où, élève de seconde, chez les Frères de l'Instruction Chrétienne, je faisais l'école buissonnière, je voyais passer tout à tour, sans qu’ils ne m’aperçoivent, un Monsieur Bariento suivi de Schettini et de Tomassini. Et alors pour m’aider à tuer le temps et inspiré de ces noms étrangers, je me suis mis à aligner dans ma mémoire les noms de ces nombreuses familles capoises de diverses origines : italiennes, espagnoles, anglaises, allemandes, levantines et même chinoises.

Il y avait:

les Bitar, les Boutros, les Chemali, les Faschi, les Massoni, les Vitiello, les Ciancuilli, les Ferrara, les Masucci, les Nassar, les Moscova, les Roker, les Baker, les Phillips, les Rostini, les Sanchez, les Techler, les Wazembeck, les Barella, les Nappi, les Farano, les Defendini, les Callisti, les Luciani, les Marra, les Amari, les Menos, les Novella, les Ascencio, les Pratto, Les Gonzales, les Pretto, les Mastroti, Les Tomassini, les Centelli, les Certo, les Vincentelli, les Garcia, les Dechavigni, les Altieri, les Legrand, les Benisar (Ben Issa), les Handal, les Gratia, les Angelluci, les Delafuente, les Luchesi, les Moscoso, les Prosperi, les Miguel, les Lavitola, les Bariento

les Schettini, Les Poloni, les Byas

Les Kackman, les Schutt, les Thess, les Dietz, les Bussenius, les Fulcher, les Schomberg, les Linkel, les Beck

Les Robeans, les Detjeens, les Cox, les Williams, les Bright, les Werleigh, les Sphinx, les Westerband, les Bell, les Astwood, les Newbold, les Cartright, les Wainwright, les Pompy, les Muller, les Bennett les Mackensie, les Mc Cullock, les Tchaikosky, les Pasky, les Wooley, les Anacréon, les Pincombe, les Decatalogne, les Carbonel

les Marzouka, les Jhia, les Habib, les Khouri

les Lue Chung, les Hong, les Bacikot

Puis je passai en revue ceux de mon patelin qui, soit pour marquer une différence d'âge soit par affection ou pure camaraderie, accolaient un Ti ou un Tison au nom de leurs interlocuteurs:

Ti Charles Menuau, Ti Louis André, Ti Siki, Ti Pierre Menuau, Ti Bert Piquion, Ti Christophe, Ti Franck Durand, Ti Pet Leconte, Ti Pierre Mondésir, Ti Michel Jean-Joseph, Ti Louis Durand, TiDré Lu Chen, Tison Ascencio, Tison Guerrier, Tison Lu Chen, Tison Delafuente, Tison Laguerre...

soit à cause de leur petite taille:

Ti Paul Prosperi, Ti Dré Morin, Ti Cinna Léon, Ti Bout Dodo Vincent, Ti Jean Julien, Ti Vieux, Ti Roro Etienne, Ti Henri Paul, TiZo Perrier, Ti Ba, Ti Siki, Ti Jean Delille, Ti Farid Boutros, Ti André Ruben-Charles, Ti Raymond (cordonnier), Ti Raymond (Dominique), Ti Rouch, TiPépé Voltèr-TètMato, TiLwi

Il convient toutefois de noter que pour:

Noc, Joe Cannel, Edème Paul et Puelo Bourique

on se passait des Ti.

Opposés aux Ti il faut citer les GWO:

Gwo tout court, Gwo Laguerre (le mécanicien), Gwo Miguel, Gwo Jéra, Gwo Lwi, Gwo Siki, Gwo Rouch, Gwo Alfred grat-à-pétrin, Gwo Vanna...

Et, à côté de ceux qui étaient loin d'avoir l'embonpoint d'un:

Gwo Sylvestre, d'un Gwo Nabal, d'un Sonson Barella, d'un Cinna Bayas, ou d'un Nord,

il y avait aussi ceux qui étaient affublés de sobriquets plutôt péjoratifs et d’épithètes taquins:

"GwoPatat, Patat-sur…etc.

Ils ont grandi sans complexe jusqu’à ce que leur développement physique parvienne à contredire ces attributs:

Gwo Élie, Gwo Maxi, Gwo Piquion, Gwo Claudel Colas, Gwo Gustave,etc...

Soudain un grand rire silencieux me secouait.

Je pensais à ces joyaux de l’imaginaire capois:

Bizotte, Babalou, Ôltéget, Bôtégenn, Pélota, Popochel, Kaldebi, Perez, Chico, Chimène, Constipé, Roi Minuit, Ocho Mil, Père Éternel, Zonbi, Coucou, Papou, Cacachat, Plum, Okédo Bibit, CacaTig, CacaKòk, Bif, Opluma, Tij, Ernst Tèt-a-poul, Matamol, Marcel-DanBonbon, Jonka, Jéchiré, Callisthène-DanTchotcho, Sô Bouboune, Fò’w jujé, C’est une âme, Léyons-PèrDèZanfan, Valcourt tet-boa, Artaud roi de pique, Charles capote clous, Berthe aux grands pieds, Doktè Chien, Cousine, Irène Métézanno, Merci lougarou, Gaule, Jn-Baptiste machouè violon, Tambou, Tofou, Boyé Coq, Gran Pion Volè Canari, Kaka nan Bouteille Goutte pa tombé, Nazon Bocal, Tête Cafénol, Frein Bonda, Boum-Jépété, Pierre Pétéwon, Sé Ma fort, Canelle nan pois, Mago Asphalt, Pilate, Ti Louis palé fransé, Mérité pa mandé, Inter, Absolius Djòl Kwépsòl, Anacréon Djol Buva.

Sans oublier ceux qu'on désignait tout simplement à cause de leur ressemblance avec soit:

un Crapaud, un Boeuf, un Macaque, ou un Bison…

Enfin !!! Enfin !!!

Alix Piquion
logo site de la ville du Cap-haitien